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A Bar­-sur­-Aube, le foot pour oublier la crise

Le premier match de championnat de l’équipe de football a sonné la reprise du sport, le 6 septembre, dans la commune auboise. Une éclaircie dans un paysage associatif englué dans la crainte d’une reprise de l’épidémie de Covid-19. 

Article écrit par Corentin L, du journal le monde

L’équipe locale a disputé sa première rencontre depuis mars, une éclaircie dans la commune de Bar-­sur­-Aube (aube) ­

 

Jusqu’au matin du match, Jérémy Rodriguez a cogité et ressassé le même dilemme : « Est­-ce que pour mon petit plaisir, je prends bêtement le risque de ramener le virus à la maison ? » Le joueur du Bar­-sur-Aube FC (BFC) a finalement rallié le stade Pierre­ de­ Coubertin, où son équipe recevait le Football Club de la Métropole Troyenne (FCMT), dimanche 6 septembre, en ouverture du championnat de régional 3. « Le foot, c’est un peu le

seul moyen de s’évader de la semaine, justifie le milieu de terrain. Ça fait du bien de se dire que, pendant quatre ­vingt­ dix minutes, tu lâches tout, t’oublies le virus et tout le reste. »

 

Dès l’entrée du complexe sportif, le Covid­ 19 s’est pourtant rappelé à lui. Plusieurs dessins placardés au­-dessus d’un pot de gel hydroalcoolique informent du port obligatoire du masque dans les limites de l’enceinte. « On essaie de respecter au maximum le protocole de la FFF [Fédération française de football], commente José Do Nascimento, responsable de l’école de foot du BFC et entraîneur des seniors. Mais on n’a pas les moyens de tout faire. Normalement, les deux équipes ne devraient même pas se croiser. C’est complètement débile puisqu’elles vont passer la partie ensemble sur la pelouse. » Et les adversaires n’ont pas attendu le coup d’envoi pour se dévisager. Avant de rejoindre leurs vestiaires respectifs, les footballeurs du huitième échelon national se « checkent », prennent des nouvel les, causent de cette nouvelle mode du masque et rient d’uned rôle de coïncidence. « C’est ironique, c’est là qu’on a joué le dernier match de la vie d’avant, raconte Sullyvan Josset, latéral droit du FCMT. On parlait déjà de cas de coronavirus et on nous avait interdit de nous serrer la main. » Puis le pays fut confiné et les compétitions renvoyées à la saison d’après.

 

 

Quelques semaines après les professionnels, septembre a sonné la reprise du championnat chez les amateurs. Pas de test hebdomadaire pour eux, mais une série de nouvelles normes – désignation d’un « référent Covid », fléchage du site, désinfection des locaux – pas toujours évidentes à appliquer dans des clubs qui ne tiennent parfois qu’à la passion d’une poignée de bénévoles.

 

« Envie d’en découdre » Côté BFC comme FCMT, chacun s’est tenu aux consignes, portant le masque jusque dans les vestiaires. Sullyvan Josset est surpris qu’on l’interroge là­-dessus : « Faut le faire, je le fais, c’est tout. On sait tous ce qu’on risque à ne pas le mettre : ça repart d’un coup et on s’enferme chez nous. » Un accessoire si habituel que certains oublieront de s’en libérer pour commencer l’échauffement. Dans son discours d’avant ­match, c’est le port d’un autre morceau de tissu que José Do Nascimento rappellera aux Baralbins : « Hé, les gars, n’oubliez pas de mettre les tee-shirts à l’entraînement. Si le sponsor vient nous voir, c’est important qu’il voit qu’il ne paie pas pour rien. » Sur le terrain d’honneur, rien qu’un de ces milliers de matchs disputés chaque fin de semaine en France. Victorieux des Troyens (3­1) en mars, avant la mise sous cloche du pays, le BFC se contentera cette fois d’un point (2­ - 2). Contre la main courante, à peine la moitié de la vingtaine de spectateurs porte le masque à l’endroit préconisé. Certains en ont fait un bracelet ou un collier. D’autres, un grigri qu’ils triturent au gré des ratés de l’attaquant local devant le but. « Je trouve que les gens le respectent quand même, dans l’ensemble », commente Laurent B., « avec un B comme buvette».

 

Un œil sur le match et l’autre sur les sandwichs au pâté qu’il prépare pour les joueurs, le professeur de lycée se réjouit du retour du ballon rond et des habitués du stade. « C’est défavorisé chez nous, déplore le responsable du club ­house. Niveau distraction, y’a pas grand chose, à part les balades dans le coin. Le sport reste l’endroit où tout le monde peut se retrouver. Alors le match de foot du dimanche, c’est très important pour les gens. C’est le signe que la vie reprend. » A écouter son président, Christophe Voyard, le BFC n’a pas trop souffert des cinq mois d’interruption. Certes, « comme dans tous les clubs, il y a la peur d’attraper ce fameux virus ». Mais la barre des 300 licenciés devrait être atteinte, comme la saison passée. « On enregistre même l’arrivée de nouvelles joueuses, se félicite le dirigeant. Et on a dû limiter les inscriptions pour nos stages d’août. On sent une vraie envie de terrain et d’en découdre. »

 

Cet état des lieux ferait saliver la plupart des autres associations de la commune aux 4 900 habitants. La veille du match, une quinzaine d’entre elles ont participé au Forum du sport. Adhésions en berne, peur du Covid­ 19 et cadre sanitaire contraignant : vice-­président du Rugby Dienville (RUD), Mathieu Valton esquisse un triste tableau. « Pour l’instant, on n’a pas d’inscriptions, se désole le bénévole. L’école de rugby va reprendre et je ne sais pas combien de gamins vont venir. On se retrouve entre le marteau et l’enclume. D’ un côté, j’ai l’impression de passer mon temps dans des protocoles [sanitaires], à tenter de les appliquer sans les moyens des professionnels. De l’autre, on a cette épée de Damoclès et la peur de ce qui se passera en cas de premier cas positif. » Allan Vandenbussche, son homologue du club de handball, n’y voit guère plus clair : « Il y a de l’engouement, c’est vrai, mais les gens hésitent. Les familles n’ont pas en vie de payer une licence à l’année si c’est pour que tout soit à nouveau arrêté dans quelques semaines. »

 

 

envoyé spécial C..L

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